Le démantèlement programmé de la Haitel est en ligne droite d’une politique d’exclusion, a dénoncé Franck Ciné jeudi au cours d’une vidéo conférence.

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Un Franck Ciné sans langue de bois qui, apparemment, n’est pas prêt de déposer les armes dans la bataille juridique avec l’Etat haïtien dans le dossier de faillite de la Haitel. L’homme d’affaires dénonce des « abus » et du « vagabondage » dans le pays, notamment dans ce dossier. Selon lui, son emprisonnement dans le cadre de l’affaire Socabank sous le président René Préval était un prétexte pour commencer à démanteler la Haitel. « Le démantèlement programmé de la Haitel est en ligne droite d’une politique d’exclusion, a dénoncé Franck Ciné jeudi au cours d’une vidéo conférence. Il s’inscrit dans la logique de défense du statu quo économique et historique que la Haitel a osé bousculer. » Par cette vidéoconférence, l’ancien patron de la Haitel voulait clarifier certains points et apporter des démentis aux dernières déclarations du directeur général de la Direction générale des impôts (DGI) qui disait que la Haitel a une dette de quelque 95 millions de dollars à l’Etat haïtien. Franck Ciné rétorque. Pour Franck Ciné, l’entreprise doit seulement 22 millions de dollars à l’Etat haïtien qui détient, a-t-il souligné, 5% des actions de la Haitel. La guerre des chiffres ! « Il n’y a pas d’entreprise qui n’a pas de dettes, a indiqué l’homme d’affaires. Des pays, dont Haïti, les Etats-Unis en ont aussi. Oui, la Haitel a des dettes, et on ne doit pas pour autant exagérer. La situation actuelle de la Haitel est due à un manque d’éducation de nos dirigeants. » Parlant avec une rare vivacité, Franck Ciné a critiqué les autorités politiques qui n’ont jamais fait aucun suivi dans le cadre d’un protocole d’accord qu’il avait signé pour la réouverture de la compagnie qu’il dirigeait. L’ancien numéro un de la Socabank a accusé le Premier ministre haïtien qui, selon lui, serait à la base de ce boycottage afin d’acheter les actifs de la Haitel dont l’Etat annonce les liquidations. « Nous avions eu beaucoup de rencontres avec le président et le Premier ministre, a confié Franck Ciné. Ils nous avaient promis de travailler pour rouvrir la compagnie le plus vite possible. Le président a essayé, je peux dire que ce n’est pas sa faute. Il a manifesté une certaine volonté. » D’après Franck Ciné, il existe une mafia politique et judiciaire dans le pays causée par des conflits d’intérêts extraordinaires à travers une lutte de classe. Il persiste et signe : la compagnie était sur la bonne voie et avant son emprisonnement parmi les cinq plus grands contribuables du pays. « C’est une persécution de la classe moyenne, s’est emporté M. Ciné. Nous devons la dénoncer, elle doit être cessée. » Pour répondre à Jean-Baptiste Clark Neptune qui disait que la Haitel fonctionnait à un certain temps sans licence, Franck Ciné a fait savoir que la compagnie détient une licence de fonctionnement pour 15 ans, acquise pour la somme de 14, 5 millions de dollars. Selon M. Ciné, le directeur général de la DGI, qui est un ancien avocat de la Haitel aurait dû se retirer de cette affaire. Un minimum d’éthique oblige. Face aux accusations selon lesquelles Franck Ciné a déposé sur le compte de sa femme une somme d’argent donnée par une compagnie d’assurances à la Haitel après le séisme, l’intéressé a précisé : Vu que l’Etat haïtien a fermé les comptes de la Haitel dans le pays, l’argent a été transféré sur un autre compte de la compagnie à l’étranger, et non sur un compte privé. « Le directeur de la DGI doit savoir de quoi il parle ». « J’ai investi près de 300 millions de dollars dans un pays où les gens n’ont pas l’habitude d’investir beaucoup. Les Etats-Unis m’ont complimenté, et mes amis me traitaient de fou. Je ne suis pas un imbécile pour voler un million de dollar après avoir investi tout cet argent », a déclaré l’ancien boss de la première compagnie de téléphonie mobile en Haïti qui vit à l’étranger aujourd’hui. Il ne le cache pas. Il ne va pas rentrer dans le pays. « On veut m’arrêter ou m’assassiner, a indiqué Franck Ciné. Je préfère vivre ici (aux Etats-Unis) tout en défendant mes intérêts à travers des démarches au niveau national qu’au niveau international. Je négocie et j’avance. » De son côté, l’Etat haïtien, à travers la DGI et le Conseil national des télécommunications (Conatel), a annoncé la mise en vente aux enchères des actifs de la Haitel dans les prochains jours. Face à un tel constat, Franck Ciné se fait une conclusion. « Haïti n’est pas ouverte aux affaires. Le pays n’est pas prêt. » « Le vagabondage doit être cessé dans le pays. Ce n’est pas en faisant des abus, du vagabondage que l’on avancera », a soutenu Franck Ciné. L’épisode de ce feuilleton n’est pas terminé.